Une grand-mère en gilet jaune. Enregistrer au format PDF

Mardi 1er janvier 2019
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Les chaînes de télévisions n’ont pas ménagé leur peine pour nous procurer des émotions larmoyantes, pendant la période « gilets jaunes. » A les entendre, on se serait cru dans un pays miné par la faim et la misère. Heureusement, les images donnaient un spectacle plus rassurant. Voici, par exemple, le témoignage recueilli sur un rond-point, par un journal télévisé. Il s’agit d’une jeune grand-mère, la soixantaine pimpante et bien conservée. Elle gémit sur le faible montant de sa retraite : 1000 euros en comptant la réversion de son mari défunt, précise-t-elle. C’est vrai, ce n’est pas beaucoup. A ce tarif, on se dit qu’elle n’a sans doute pas fait une carrière complète. Etait-ce un choix de sa part ? Ou bien a-t-elle subi cette situation ? Le journaliste veut nous apitoyer, pas nous donner à comprendre. Il ne pose aucune question.

Là où ça se corse, c’est quand cette femme se plaint des augmentations de la CSG. A ma connaissance, elle est loin du plafond concerné par ces augmentations. Alors quoi ? Ou bien elle se trompe et répète ce qu’elle a entendu des autres. Ou bien c’est exact, et cela veut dire qu’elle a des revenus fiscaux par ailleurs. Là encore, le journaliste ne demande pas d’explication.

Pardon, messieurs les journalistes. Nous voulons bien être émus, puisque vous y tenez…mais encore faudrait-il nous donner des informations complètes.

Là où la grand-mère a réussi son coup, c’est lorsqu’elle a pris un air douloureux pour nous dire sa tristesse de ne pas pouvoir gâter ses petits-enfants à Noël. Voilà qui est émouvant ! Le journaliste triomphe, et il a envie de dire : « Pleurez bien face à la caméra, madame. » Et ça marche.

Et puis, on se ressaisit. Gâter ses petits-enfants, est-ce que ça coûte si cher que celà ? Oui, si on offre le dernier smartphone à la mode, ou des jeux vidéos sophistiqués. Mais lorsque, par exemple, on va à des enterrements de grands-parents, qu’est-ce qu’on voit souvent ? Des petits-enfants émus qui viennent témoigner des bons moments passés avec la mamie à confectionner de recettes de cuisine traditionnelle, à chanter de vieilles chansons folkloriques, à s’initier au jardinage, à la nature ou à la pêche avec le grand-père. A l’inverse, les petits-enfants qui ont été « gâtés » par des jeux vidéos ou autres, il y a longtemps qu’ils se sont isolés devant leur écran. Ils suivront le corbillard de leurs grands-parents, un écouteur sur les oreilles, ou en pianotant sur leur tablette. J’ai vu ça aussi.

Alors, qu’est-ce « gâter » ses petits-enfants ? Faut pas compter sur les marchands d’émotions faciles pour nous inviter à la lucidité et à la réflexion.

Elie Geffray