Retraite Enregistrer au format PDF

Jeudi 9 janvier 2020
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La retraite, la retraite, la retraite !

Une société obsédée par la retraite. Qui ne débat plus que de cela. Des syndicats, jadis progressistes, qui paralysent les transports, pour quel idéal ? Pour s’aménager « un repos bien mérité » (ne ricanons pas, s’il vous plaît), car à 62 ans, à 55 ans pour certains, nous sommes « cramés » par une carrière harassante. C’est pas comme nos aînés qui, il n’y a pas si longtemps, trimaient jusqu’à 65 ans pour une espérance de repos de quelque 10 ans maximum. Mais nous, désormais, il n’est pas rare de vivre autant de temps en retraite qu’au boulot. Nous sommes bien à plaindre.

Bon d’accord, ça coûte cher, et on n’aura pas de quoi financer convenablement tout ce temps d’inactivité ! On s’en fiche. On y a droit. On ne pense plus qu’à ça. On se bat pour ça. On milite pour ça. Les médias ne nous parlent que de cela. Les générations d’après se débrouilleront avec les déficits. Ce n’est pas notre problème : ON VEUT La RETRAITE, BIEN PAYEE ET LE PLUS TÔT POSSIBLE.

Je l’admets, je caricature. J’exagère, me direz-vous. Je polémique. Mais il y a tout de même une question troublante derrière mon propos. Qu’est-ce qu’une société qui ne rêve plus que de retraite ? Qu’est-ce qu’une société qui n’a plus d’utopie ? Qu’est-ce qu’une société qui ne convoque pas le meilleur de ses énergies pour un avenir inédit ? Qu’est-ce qu’une société qui ne voit son destin que sous la forme de clubs de retraités qui peuvent s’offrir quelques restaurants, des voyages organisés, et bénéficier de réductions spéciales pour les séniors dans des magasins qui savent vendre du bien-être et des produits pour conserver les apparences de la jeunesse ? Non, je ne me sens pas bien dans une époque qui n’a qu’un slogan : « la retraite – la retraite – la retraite ». Les combats actuels sont des combats rétrécis, sans ambitions, sans envergure, sans perspectives.

J’aime les peuples qui se soulèvent au nom de grands rêves utopiques. En Mai 68, il m’est arrivé de défiler sous des bannières à l’effigie de Ernesto Che Guevara qui disait : « Soyons réalistes. Exigeons l’impossible ! » C’était bien sûr terriblement idéaliste. Exagérément progressiste. Mais tellement plus tonifiant que de défendre « sa retraite » et ses menus plaisirs.

Aux sociétés qui aspirent au repos et veulent des protections, je préfère celles qui se retroussent les manches et inventent leur destin. Et qui rêvent !

Elie Geffray