« On dialogue ou pas ? » « Que voulons-nous ? » Enregistrer au format PDF

Jeudi 31 janvier 2019
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« On dialogue ou pas ? » « Que voulons-nous ? »

Depuis deux mois « les gilets » jaunes gémissent : ils ne sont pas « reconnus », on ne les écoute pas. Tout cela sur un petit air d’adolescence prolongée. Mais, nous non plus, on ne comprend pas bien ce qu’ils veulent. Ils demandent tout et son contraire et tout de suite : moins de taxes et plus de services publics. De la démocratie directe mais pas de « représentants ». Ils se proclament pacifistes mais toutes leurs manifs sont accompagnées de violences. Comme l’écrivait Bruno Frappat dans une chronique du journal La Croix du 13 janvier : « S’ils veulent se comporter en adultes et non pas en enfants boudeurs ou colériques, les gilets doivent faire fonctionner leur intelligence individuelle et collective. Réfléchir avant de causer dans le micro. »

C’est vrai qu’au moment où un grand débat national s’ouvre, il faudra sortir de la crise d’adolescence. Les médias ne nous aident pas toujours. Le lundi matin 14 janvier, jour de la publication de la lettre du Président de la République, une des télévisions françaises, pourtant parmi les plus crédibles, envoyait, de bon matin, des sondeurs dans les rues, pour savoir ce que « les gens » en pensaient. Mais « les gens » n’avaient manifestement pas lu le texte à cette heure-là. Mais ils répondaient quand même avec assurance que ce débat « c’est de l’enfumage », « qu’il n’en sortira rien », « qu’on ne tiendra pas compte du résultat ». Pour faire un peu objectif, on a trouvé cependant un passant pour déclarer « que ça peut produire de bons résultats. » Franchement, était-ce bien la peine de faire sortir des caméras et du personnel dans la rue pour recueillir de telles platitudes ?

Le sommet de la sottise a été atteint par un expert qui est venu à l’écran, expliquer gravement que ce questionnaire était flou, et que l’on ne percevait pas les intentions du pouvoir. Mais si le gouvernement avait explicité au préalable ce qu’il en attendait, on aurait dit que « les jeux étaient faits d’avance et qu’il était inutile de débattre. »

Au milieu de tant d’incohérences et de contradictions, on demande de la démocratie directe, des référendums d’initiative citoyenne…etc. Salut la cacophonie ! Je crains le pire. Et si on commençait par le commencement ! Revitaliser la démocratie de représentation ? Mieux nous informer. Redonner vie aux corps intermédiaires existants : les partis politiques, les syndicats, les associations. On n’a pas besoin de braillards qui se croient intelligents tous seuls. On a besoin de citoyens qui développent de l’intelligence et des engagements collectifs. Ce débat y contribuera-t-il ? La balle est dans notre camp.

Elie Geffray