Le grand basculement Enregistrer au format PDF

Jeudi 4 juillet 2019
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En une cinquantaine d’années les idées des Français ont évolué de manière spectaculaire. Prenons quelques exemples :

La famille  : c’est peut-être cette institution qui a subi les plus grands changements. Le mariage n’est plus le portail obligatoire de l’entrée en couple. Des mariages, on en célébrait encore 400 000 en 1972, mais seulement 250 000 ces années dernières. Dans le même temps le nombre des divorces progressait constamment vers les 100 000/an, soit un divorce pour 2,5 mariages. En 1975, pour faire face à une demande qui encombrait les tribunaux, on a légalisé le divorce « par consentement mutuel ». Quant aux naissances hors mariage, elles plafonnaient à 6,1% en 1960. Elles atteignent les 60% aujourd’hui. Notons encore que l’IVG votée sous le ministère de Simone Veil en 1974, fort combattue encore de nos jours par une frange conservatrice, elle est approuvée 40 ans plus tard, en 2014, par 77% des Français. Evolution semblable de l’opinion par rapport au « mariage pour tous » autorisé par la loi Taubira : on est passé de 49% d’approbation à 65% en une quinzaine d’années. Même la question plus délicate de l’adoption d’enfants par un couple d’homosexuels est majoritaire dans l’opinion des Français (53%) Dans la continuité de cette problématique, se pose le projet de loi, plus discuté, de la PMA (procréation médicalement assistée), qui viendra en débat à l’Assemblée Nationale bientôt. Pour l’instant, l’ensemble des Français a une position moyenne : 50% favorable – 50% défavorable. Mais le détail de l’enquête montre que ce taux évoluera puisque ce sont les jeunes de 18-24 ans qui l’approuvent le plus (64%) et que ce sont les 65 ans et plus, qui s’y opposent (65%).

La relation au corps est aussi un marqueur significatif de notre société. Prenons le cas de la fin de vie qui reste un débat qui va du respect de la mort naturelle au suicide assisté. En France, la Loi Léonetti fait sa part à la volonté des malades. Mais c’est ce que l’on fait du corps après la mort qui a subi une évolution palpable. Il y a trente ans, on enterrait les morts : c’était une règle bien établie dans nos sociétés rurales, localement enracinées et de culture catholique. Aujourd’hui, la proportion des Français désirant se faire crématiser est devenue majoritaire.

Autre nouveauté dans le rapport au corps, c’est l’apparition et l’extension du tatouage : 25% des personnes tatouées ont entre 25 et 34 ans, et 24% entre 18 et 24 ans. Comme certains sacrements, le tatouage est irréversible et signe une étape importante de la vie… Mais l’interprétation en ce domaine reste ouverte. Il y a souvent aussi, dans cette démarche, le désir de s’individualiser par une marque qui différencie de tous les autres.

Tous ces éléments et bien d’autres encore sont extraits d’une étude de Jérôme Fourquet (1). Cette enquête menée sur plusieurs années par le directeur du département Opinion à l’IFOP, nous montre à quel point nous sommes en train de changer de monde et de quitter le socle de culture chrétienne qui était le nôtre. Cela nous interroge. D’ailleurs son livre porte en bandeau et en grand sur la couverture « Où allons-nous ? » Cet ouvrage pourrait nous procurer une bonne lecture pour les vacances. Car on ne perd jamais son temps en cherchant à mieux comprendre le monde dans lequel on vit.

Elie Geffray

(1) : Jérôme Fourquet – L’archipel français – naissance d’une nation multiple et divisée – Edition du Seuil (20,90€)

Vos témoignages

  • Marike 20 octobre 2019 13:52

    A partir de ce bilan très net sur la famille j’ai envie de réagir : D’abord le point de vue chrétien est très divers, selon que l’on est fondamentaliste ou progressiste (libéral chez les protestants)

    Du fait du travail de la femme, celle-ci s’est libérée de la tutelle maritale obligatoire : elle n’est plus dépendante des finances de son mari. La femme veut être l’égale de l’homme. Le muscle ne doit plus être le représentant de l’autorité. La diminution des mariages peut être révélatrice à cet égard. La femme marche de plus en plus à son propre pas, y compris lors des naissances hors mariage. Toutefois les enfants trinquent, déchirés dans des ménages recomposés, et ce sont toujours à eux, aux sans voix, que l’on se doit de penser d’abord .

    L’IVG permet à la femme de ne pas être l’égale d’une mère lapine, et de choisir le nombre d’enfants qu’elle veut, qu’elle peut assumer, avec qui elle veut. Il est certain que l’avortement doit se faire le plus tôt possible. L’adoption d’enfants par un couple d’homosexuels pose la question de la représentation des deux sexes dans le couple ; la règle générale doit être le désir de l’enfant (sans défense) face à l’égoïsme des adultes : c’est lui qui subira cette situation ; il n’a pas voix au chapitre et ne peut l’avoir à égalité avec l’adulte, ce qui est fort injuste ; de plus, l’on ne connaît pas encore les retombées psychologiques de cet état.

    La PMA à mon sens devrait être réservée aux couples hétérosexuels stériles qui désirent avoir un enfant.

    Le suicide assisté : regardons dans la nature : une rose flétrie, on la coupe ; un animal souffrant : on le pique ; on a pitié de lui. Et l’homme serait le seul à s’interdire de ne pas voir sa lente dégradation, si souvent douloureuse, en fin de vie ? Est-ce humain de voir pendant des années des personnes invalides, souffrantes, et peu à peu abandonnées des leurs, négligées souvent des services d’une maison de retraite par souci financier, traîner pendant des années ? Cela ne s’apparente-t-il pas un peu au supplice ?

    Peut-être le chrétien doit-il juger au cas par cas, selon notre devise aux racines chrétiennes : liberté, égalité, fraternité.