L’incivisme au quotidien Enregistrer au format PDF

Lundi 23 septembre 2019
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Des faits divers de cet été sont de bons indices pour mesurer notre civisme. Quelques exemples. Je suis encore estomaqué de ce qu’une habitante d’ici m’a rapporté en plein mois d’août. Un matin, elle se présente à une station-service d’une grande surface locale pour procéder à un lavage de voiture. La piste est occupée par un véhicule en position d’attente. Rien ne se passe. Elle pense que l’occupant est peut-être allé à l’accueil pour se munir d’un jeton ou signaler un dysfonctionnement. Le temps s’allongeant, elle va se renseigner au bureau pour signaler l’obstruction occasionnée par cet abandon de voiture. Le propriétaire est en train de faire ses courses matinales sans souci. Quand on lui signale la gêne qu’il occasionne, il s’offusque et prétend qu’on le dérange. Le ton monte et notre candidate au lavage automatique lui signale son manque évident d’éducation. Le chef d’établissement de cette grande surface a assisté à une bonne partie de cet incident sans intervenir. Ici, c’est donc le client « sans-gêne » qui est roi. Quel civisme !

Autre fait divers connu de tous. A l’heure où j’écris ces lignes, on célèbre les obsèques du maire de Signes, renversé par une fourgonnette qui déversait illégalement des gravats dans la nature. Bien entendu, nous sommes tous scandalisés. Mais dans le même temps on apprend que 17% des automobilistes avouent avoir jeté leurs déchets par la portière tout en circulant. Et on ne vous parle pas de ceux qui ne l’avouent pas et qui le font. En tout cas, cela se solde par 25 tonnes de détritus ramassés chaque année sur les routes par les services publics.

Passons à nos amies les bêtes. Sujet d’actualité puisqu’on ne cesse de nous dire que nous sommes de plus en plus sensibles au « bien-être animal. » Néanmoins, cette année encore, pendant ces congés d’été, plus de 60 000 chats et chiens ont été abandonnés. Autour de 100 000 par an. Nous sommes les champions d’Europe. Et dans les refuges de la SPA, on s’apitoie sur ces animaux angoissés qui témoignent de l’insouciance et de la dureté des humains que nous sommes censés être.

Il paraît que nous sommes de plus en plus obsédés par la rigueur morale des élites, au point qu’on met au banc des accusés un ministre (de Rugy) qui aurait servi du homard lors d’une réception officielle. Et on connaît le refrain de tous les populistes : nos dirigeants sont « tous pourris » tandis que les gens de la base seraient d’innocentes victimes. Mais les incivilités que nous venons de rapporter ne viennent-elles pas de ces citoyens moyens que nous sommes tous. Alors, moins d’hypocrisie et plus de cohérence. Et du civisme au quotidien et à tous les niveaux !

Elie Geffray