Éloge du savoir Enregistrer au format PDF

Jeudi 6 juin 2019
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Non ! Mille fois non. Je n’étais pas de ceux qui ont applaudi à la suppression de l’ENA (Ecole Nationale d’Administration) le 25 Avril dernier. Démagogiquement, on a sacrifié ce creuset des grands commis de l’Etat aux braillards des réseaux sociaux et aux délires des occupants des ronds-points, à qui on s’empresse de tendre les micros de nos médias. Je n’ignore pas les correctifs que de fâcheuses dérives de cette institution appelaient. Mais, le contexte politique, mondialisé, est suffisamment compliqué. Est-ce raisonnable de se dispenser d’une grande école comme celle-ci pour satisfaire à la « chasse aux élites » si à la mode en ce moment. Il ne faut pas céder aux slogans qui flattent ces soi-disant « vrais gens de la base » qui prétendent remplacer « l’excellence » du travail intellectuel par l’indigence de leurs bavardages.

Je me souviens encore de l’école primaire des années d’après-guerre. On aimait « la science », le savoir, les progrès de l’esprit. On savait que l’émancipation de l’homme passait par le développement de l’intelligence. J’ai aussi en mémoire la télévision en noir et blanc avec sa chaîne unique. Délivrée de la course à l’audience à tout prix, elle était soucieuse d’instruire. En complément de l’école, elle était un acteur de l’éducation populaire. Depuis, la publicité l’a dévoyée. Mais ce que je garde précieusement en mémoire, c’est que le peuple, dans ce qu’il a de plus authentique, aime comprendre, aspire au développement de l’esprit et à la culture. Les sottises et les simplismes du populisme d’aujourd’hui ne sauraient se revendiquer du peuple si ce n’est au prix d’une imposture.

Nos sociétés contemporaines sont complexes. Toute décision politique repose sur la meilleure connaissance possible du monde, dans plusieurs domaines : économie, civilisations, cultures, éthique : codes et hiérarchies des valeurs.

Franchement, est-ce le moment de donner un mauvais signal en sacrifiant un haut-lieu du savoir à la vindicte « populacière. » ?

La France serait-elle ce qu’elle est sans ces temples historiques de l’esprit dont la Sorbone et le Collège de France, par exemple, sont les emblèmes ? Mais aussi plus récemment l’Ecole Polytechnique, Normale Sup, Sciences PO, Le CNRS (centre national de la recherche scientifique), L’Ecole pratique des Hautes Etudes ? …etc…

Robert de Sorbon (13e siècle) assignait comme objectif à la Sorbonne dont il fut l’initiateur : « Vivre en bonne société, collégialement, moralement, studieusement. » Je pense que « le peuple » est en harmonie avec cette finalité dès lors qu’on le sollicite par le haut. Nous n’avons rien à céder à l’obscurantisme vulgaire des « grandes gueules ».

Elie Geffray