Des vies et des visages Enregistrer au format PDF

Jeudi 21 juin 2018
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Les résultats de l’étude sur les perceptions et attitudes des catholiques vis-à-vis des migrants que La Croix publie en exclusivité montrent que l’opinion catholique est partagée : 45 % de personnes plutôt ouvertes à l’accueil, 33 % plutôt fermées et 22 % tiraillées. Faut-il s’inquiéter, voire se scandaliser de tels chiffres qui révèlent des désaccords importants sur la manière de faire face à la problématique migratoire ? Pas nécessairement. Ils nous indiquent d’abord que l’arrivée massive de migrants et de réfugiés suscite des peurs et des résistances, y compris parmi les chrétiens. Des peurs et des résistances qui n’empêchent pas les plus inquiets à se montrer malgré tout solidaires des migrants en leur apportant une aide ponctuelle.

Les divergences d’opinions rappellent aussi qu’il n’y a pas « une » éthique des migrations commandée par la foi, d’où découleraient des orientations claires et univoques en faveur de l’accueil des migrants. Croire qu’une telle éthique existe, c’est tomber dans le même simplisme que ceux qui croient que l’on réglera le problème migratoire en fermant les frontières, ou en opérant un tri entre les « bons réfugiés » qu’il faudrait accueillir et les « migrants économiques » qu’il faudrait renvoyer dans leurs pays d’origine. C’est perdre de vue la complexité et l’ambivalence des migrations, et oublier que les migrants ne sont pas d’abord des problèmes à régler, mais avant tout des vies et des visages.

La question éthique des migrations ne se pose pas dans l’abstrait. On n’y apportera pas de réponse satisfaisante en faisant fi des personnes et du contexte économique, social, politique dans lequel elles évoluent… Rien de tel que d’avoir fait l’expérience de la rencontre avec des migrants pour changer de regard, voire d’attitude et de discours. La confrontation à une réalité complexe ne donne pas de réponses mais peut donner envie d’en chercher.

La Croix, Jeudi 07 juin 2018 : éditorial de Dominique Greiner

Commentaire d’Elie Geffray :

Comme je suis pour la liberté d’expression, cet article mérite d’être répercuté. Je suis assez d’accord avec le principe défendu : la foi ne dicte pas des régulations univoques dans le domaine moral, pas plus sur la question des migrations que sur celle de la PMA, de la GPA ou de la fin de vie. J’aimerais que les cathos soient clairs là-dessus et acceptent le pluralisme.

Mais ce qui est inquiétant, c’est que c’est le risque avec un certain groupe des catholiques de mettre les pieds dans la xénophobie, voire le racisme. Et ceci, du point de vue évangélique, ce n’est pas négociable. Ce qui est à discuter, c’est : comment on se débrouille avec les migrants. Et là : plusieurs options possibles ( surtout depuis que Michel Rocard a dit que la France ne pouvait pas porter, à elle seule, toute la misère du monde).